Matrix movie still

THE MATRIX ANALYSE FILMIQUE

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12/14/20166 min read

Matrix movie still
Matrix movie still

Le cinéma s'est toujours alimenté de l’existence de la vie, comme avec les premiers films des frères Lumière, qui consistaient à capturer des instants de la vie réelle. Une invention qui nous a permis d’immortaliser l’instant d’un vécu qui servira ensuite à mémoriser, informer et partager un fait existant. Cela représente en quelque sorte une forme de simulation du réel qui a le pouvoir de nous emporter partout tout en étant au même lieu. Un double du réel qui, par un mensonge presque parfait, pousse notre cerveau à y adhérer comme étant une réalité.

D’autres cinéastes ont poussé plus loin la question de l'existence comme objet filmé, et ont donc commencé à s'intéresser à d'autres pistes de recherche en s'ouvrant à différentes disciplines. Le cinéma, étant un art qui peut réunir plusieurs formes de disciplines, a vu certains cinéastes décider de penser l'œuvre comme étant non seulement un objet de création cinématographique, mais aussi un objet d'étude et de recherche scientifique et philosophique de certains phénomènes métaphysiques. Créer une œuvre qui relie non seulement l'aspect esthétique cinématographique, mais aussi qui devient une source d'information sur certaines réflexions et théories qui ont été traitées par des philosophes et chercheurs scientifiques.

Il y a certainement plusieurs films de ce genre : L’Odyssée de l’espace, Blade Runner, etc. Mais le film qui a représenté une révolution autant technique que narrative au niveau de la mise en scène, de la scénographie, du jeu d’acteur ou de tout autre élément constitutif de cet univers diégétique — ce n'est en aucun cas pour dire que c'est un film parfait — mais qu’il est différent au sens où tu crois à une réalité d’un film, une réalité qui n'est pas forcément réelle, et qui dans ce cas comporte un double univers entre le faux et le réel qui, en contre-sens, remet en question ma propre réalité.

Le film The Matrix des frères Lana et Andy Wachowski a réussi à réaliser une pure science-fiction qui met en question l’existence même d'une autre réalité. Néo, un jeune homme qui travaille dans une société en tant qu'informaticien, mène aussi une vie obscure en tant que pirate informatique connu sous le nom de Néo. Il a toujours été obsédé par la question autour de la Matrix : qu'est-ce que c'est ? Est-ce qu'elle existe réellement ? Jusqu’au jour où « ils » décident de le contacter. Le premier contact a eu lieu à travers une machine (l'ordinateur), ce qui annonce dès le début l'implication de la machine dans cette problématique. Les événements se succèdent et finalement Néo rencontre Morpheus, un personnage, si l'on peut dire, mythique pour tous les hackers. Cette rencontre donnera lieu à la fameuse scène de la pilule, qui représentera la transition entre le faux et le réel.

The Matrix est un film qui illustre certaines questions philosophiques. Les frères étaient inspirés par des écrivains, des livres de science-fiction sur la nature et la réalité. Clément Rosset explique dans Le Réel et son double que l'intolérance au réel simule au cerveau un double du réel, un faux réel. Pour lui, le réel est là, indiscutable et unique. Tout autre réel n'est qu'une représentation illusoire du réel, ce qui nous mène à la question même du film : où est le réel ? Si l'un est le réel, l'autre est forcément le double, le faux, le rêve. Et si on a toujours été dans un rêve, comment distinguerait-on la réalité ?

L'utilisation spécifique de la matrice par les Wachowski est ici faite pour illustrer l'allégorie de la caverne dans le livre VII de La République de Platon. L'allégorie, en bref, dit que si quelqu’un était enchaîné dans une grotte et ne pouvait voir que des ombres d’objets projetées sur un mur, il n'aurait aucune idée de la réalité des objets jusqu'à ce qu'il soit libéré et sorte de la caverne dans la lumière. Le concept de la matrice dans ce film est un parallèle numérique à cette expérience — et pas uniquement — car la Matrix est essentiellement une prison de réalité virtuelle numérique utilisée par les machines pour garder les gens sous contrôle et les maintenir complaisants et heureux.

Normalement, une matrice, en mathématiques, se réfère simplement à un tableau ou une collection de nombres ou d'expressions mathématiques généralement disposés dans une grille bidimensionnelle, mais qui peuvent théoriquement avoir trois dimensions. De là, il est logique que l'on puisse parler d'une collection de nombres qui pourraient constituer une sorte de réalité virtuelle. La thématique de la matrice se réfère à une réalité simulée, ce qui renvoie à l’une des recherches les plus connues du célèbre William Gibson, précisément son livre Neuromancer, une nouvelle de science-fiction. Il est aussi l’initiateur du genre cyberpunk, publié en 1984, où il utilise le terme de "matrice". William Gibson lui-même a créé le mot "cyberespace" et utilise l’expression "la matrice" pour désigner une hallucination numérique de masse.

Le cinéma a toujours été un terrain fertile pour interroger la notion de réalité. Mais peu de films l'ont fait avec autant de puissance philosophique et formelle que The Matrix. Il s’inscrit dans une tradition de cinéma spéculatif où la frontière entre la fiction et la réalité est rendue poreuse. Dans ce cas, la matrice n’est pas seulement un système informatique, mais une métaphore philosophique, un monde illusoire destiné à endormir les consciences. Le protagoniste Néo devient alors une figure messianique qui questionne, doute, s’éveille, se libère, puis cherche à libérer les autres. C’est un parcours quasi-initiatique.

En cela, The Matrix convoque plusieurs références philosophiques et religieuses. Le nom même de « Néo » suggère la nouveauté, une renaissance ; Morpheus fait écho au dieu grec des rêves ; Sion, la dernière ville libre, est une référence biblique directe. La pilule rouge devient le choix de la vérité — brutale, déstabilisante, mais réelle. Tandis que la bleue est celle du confort, de l’illusion rassurante. La scène du miroir liquide, qui se colle à la peau de Néo jusqu’à l’engloutir dans un autre monde, est un excellent exemple visuel de ce passage de l’autre côté du réel. Un basculement psychique et existentiel.

L’esthétique du film, quant à elle, participe aussi à cette réflexion. Les couleurs froides et verdâtres de la matrice contrastent avec les tons plus chauds du monde réel. Le bullet time, cette technique de ralenti extrême, rend visible l’invisible, rend tangible ce qui se joue à une vitesse imperceptible. Le corps humain devient une interface, un programme peut s’y brancher. Le film interroge donc également la corporéité, la conscience, l’intelligence artificielle, et surtout : le libre arbitre.

The Matrix appartient à une forme de cinéma spéculatif, nourri par l’avant-garde et la pensée critique. Il prolonge certains travaux entamés dans les courants expérimentaux du cinéma des années 60 et 70. On peut penser au cinéma de Jean-Luc Godard dans sa période maoïste, ou à celui de Chris Marker avec La Jetée, qui posait déjà des questions sur la mémoire, le temps, la perception. Ces œuvres ont en commun de briser les codes narratifs classiques, de questionner le langage cinématographique lui-même, et de faire du spectateur un sujet actif dans le processus de pensée.

Le cinéma d’avant-garde, dans ce sens, n’est pas uniquement une recherche formelle ou une esthétique marginale : c’est une prise de position vis-à-vis du réel. Il s’agit de rendre visible l’invisible, de proposer une vision du monde qui dépasse les apparences. The Matrix reprend cette posture, mais en la rendant spectaculaire, populaire, accessible. C’est là toute sa force : allier une pensée complexe à une forme spectaculaire, sans jamais sacrifier l’intelligence du propos. Le film devient ainsi un objet à la fois philosophique, politique et technologique.